Interview de Jean-Marc Grangier, Comédie de Clermont-Ferrand

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Jean-Marc Grangier est depuis 2002 le Directeur de la Comédie de Clermont-Ferrand.

Un nouveau bâtiment culturel est en construction près de la Maison de la Culture à Clermont-Ferrand, qui sera un lieu identitaire pour la Comédie de Clermont-Ferrand. Pouvez-vous nous dire à quel stade d’avancement cela en est, et quels sont vos premiers projets pour ce lieu ?

 

Tout d’abord, je voudrais rappeler que ce bâtiment dédié à la scène nationale est attendu depuis 20 ans. Le label de scène nationale est attribué d’ordinaire à un lieu existant et au projet artistique et culturel qui y est développé. A Clermont-Ferrand, les choses se sont déroulées dans un ordre différent puisqu’à ce jour la scène nationale n’a pas de lieu propre. Après des années de bataille, dans laquelle Olivier Bianchi, en tant qu’élu à la culture a joué un rôle primordial, nous sommes enfin arrivés à la construction de cet équipement situé en plein centre-ville, sur le terrain de l’ancienne gare routière, et desservi par un arrêt de tramway juste devant sa porte d’entrée, comme un symbole de son accessibilité.

 

Quatre architectes de très haut niveau sont en train de concourir pour construire ce lieu essentiel pour la ville et ses habitants. Ce sera également l’un des plus beaux outils scéniques de cette nouvelle grande région Auvergne-Rhône-Alpes, consacré à une programmation pluridisciplinaire. Début octobre, un jury choisira le lauréat du concours et, début 2016, nous serons tous au travail au côté de l’architecte retenu pour tout mettre en place afin de réaliser un lieu magnifique au service des artistes et des publics et dont l’ouverture est prévue pour la saison 2019-2020. Il est très important que ce lieu soit habité par des artistes, par exemple pour des résidences de création. Il y aura deux salles de spectacle et une salle de répétition, donc ils seront toujours au travail dans le bâtiment.

 

De même il est essentiel que les publics les plus nombreux et divers possible s’approprient ces espaces, s’y sentent non comme chez eux, ce qui ne présenterait pas un grand intérêt, mais mieux que chez eux, dans un environnement stimulant et enrichissant. Ce lieu sera un carrefour où l’on retrouvera des artistes et leurs œuvres, mais aussi où l’on aura la possibilité de se croiser et d’échanger entre citoyens, avec la société civile et nos partenaires, tous ceux qui comptent dans l’actualité de notre territoire et  qui contribueront à le rendre vivant et dynamique.

 

La Comédie de Clermont-Ferrand a une programmation variée, éclectique et surprenante. Comment choisissez-vous les spectacles ? Comment faites-vous votre programmation ?

 

Le travail de programmation est une élaboration complexe. Chaque saison est un défi, arriver à faire tenir ensemble cette construction si particulière qui doit répondre à des missions, à des obligations, à des ambitions, à des stratégies, à des désirs, et rapprocher avec sens et cohérence des spectacles, des artistes qui peuvent parfois être aux antipodes les uns des autres. Je cherche à présenter les spectacles les plus excitants de la création d’aujourd’hui ouvrant plusieurs chemins aux spectateurs qui voudront bien les suivre, passant de surprises en surprises, de découvertes en retrouvailles, en traversant les saisons et les événements de leur propre existence.

 

Je cherche à ce que les œuvres vues entrent dans ce quotidien, qu’elles soient inspirantes, troublantes, qu’elles apportent matière à s’émouvoir, à réfléchir et à avancer. Les idées de partage et de culture sont aussi au cœur de mon projet. On n’assiste jamais seul à un spectacle, il y a des voisins de fauteuil, anonymes ou proches, il peut y avoir des amis, des membres de sa famille, des collègues avec qui on pourra discuter de l’expérience vécue dans la salle de spectacle, des perceptions que chacun aura eues et ça c’est passionnant.

 

Quels projets en commun avez-vous avec les autres acteurs culturels clermontois ?

 

J’accueille toujours avec curiosité et envie, la possibilité de collaboration avec d’autres acteurs culturels de la ville. Nous avons ainsi mené et menons des projets en commun avec la Coopérative de Mai, le Centre Lyrique, l’Orchestre d’Auvergne, le Conservatoire, le FRAC, les Musées Bargoin et Quilliot, le Cinéma Les Ambiances, le Festival Traces de vies, la Semaine de la Poésie, avec la librairie Les Volcans, le service université culture etc… C’est toujours très enrichissant, même si mettre en écho nos tarifs, nos modes de fonctionnement n’est pas toujours évident.

 

Mais je crois que les publics ne sont pas forcément conscients de ces rapprochements. Ils aiment la complémentarité et apprécient de circuler d’un projet bien identifié à un autre en additionnant les plaisirs.

 

Quelles est votre vision de l’avenir pour les scènes culturelles en France ? Quelle place pour le mécénat dans celui-ci ?

 

Nous traversons en ce moment en France une période difficile pour la culture. Il faut hélas constater que nombre de femmes et d’hommes politiques s’éloignent de plus en plus de ces missions, de ces expressions et c’est consternant ! J’ai écrit, dans mon éditorial de la saison 2015-2016, que nous connaissons à Clermont-Ferrand une exception culturelle municipale. Nous devons tous nous réjouir de cette chance. Mais aussi incroyable que cela puisse paraître, peu d’élus ont vraiment compris que la culture doit être au cœur de tout, ou mise en avant car c’est capital pour comprendre l’homme et le monde.

 

Les valeurs de création, les pouvoirs de l’imagination, de vision, la capacité de comprendre des transpositions du réel et de relier les choses entre elles, tout cela est primordial dans la formation des individus. L’engagement des entreprises du secteur privé à nos côtés est très important pour les artistes et pour notre institution. Le mécénat, dans le contexte actuel où il faut réveiller l’esprit et la conscience des politiques et affirmer auprès de tous les citoyens, comme auprès d’autres nations que nous défendons ces valeurs et ces langages, contribue à mettre tout en œuvre pour favoriser l’expression libre, l’invention, l’innovation artistiques.

 

Pour la Comédie, le mécénat est un soutien financier qui compte, et c’est aussi un accompagnement vertueux, comme un drapeau de l’entreprise planté sur notre projet labellisé pour regrouper, fédérer et encourager à défendre la place et le rôle de l’art et de la culture dans l’existence de chacun, salariés de l’entreprise mécène, habitants de la cité.

 

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